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Le fameux plumier en bois de l'école vaudoise fait sa rentrée

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Ce lundi, 8123 écoliers vaudois vont rejoindre les bancs de l'école primaire. Ils auront tous un sac, un ou une enseignante, des pantoufles, des crayons et, au final, des souvenirs différents. Mais une seule chose marquera invariablement leur première rentrée: leur plumier.

Plus qu'une fourniture scolaire, c'est devenu une tradition unique en Suisse. Un cadeau de l'Etat au petit écolier. Il fait un peu de lui un «grand» qui disposera bientôt de son crayon et de sa plume à encre. Taillé dans du bois de hêtre jurassien, le fameux plumier en bois distribué à chaque élève du canton s'est peu à peu hissé au rang de symbole de l'école vaudoise, inchangé depuis 1910. Il a gardé ses 292 mm de long pour 60 de large, et seulement gagné quelques millimètres en profondeur pour s'adapter aux gommes et aux nouvelles plumes. Une antiquité pour ainsi dire.

Design breveté

«La plupart des élèves ne l'ont déjà plus sur leur pupitre deux ans plus tard, mais ils vont le garder, le décorer et le ressortir une fois. De nos jours, c'est rare, un objet qui accompagne quelqu'un pendant toute sa vie.» Les mains marquées par la tâche, le ton jovial, Anthony est l'un des fils de la famille Joseph, à L'Auberson, dernier recoin du canton avant la France. Ce sont eux qui détiennent le monopole de la fabrication des précieuses boîtes, dûment brevetées.

Visite de la menuiserie Joseph

«Cette machine à creuser vient de Vugelles. Elle en a vu passer des boîtes», enchaîne Denis Joseph, pendant que son fils s'affaire au «dégauchissage» des pièces, soit le fait de les rendre plates. Avant ça, le bois a attendu trois ans dans la scierie voisine. «On a seulement mis un moteur et changé deux-trois pièces. Le reste est d'origine, reprend Denis, sans quitter la machine des yeux. On fait ça en hiver, quand on est le moins occupé. Ça permet de travailler au chaud.»

A l'étage, sortant ses photographies pour les disposer sur la grande nappe, la grand-mère, Charlotte Joseph, abonde. «Il nous fallait trois à quatre mois pour faire 14 000 boîtes, avec les règles. Ensuite chaque établissement nous passait ses commandes. Alors j'allais à la poste. Quand j'arrivais à la fin de la préparation des paquets, je soupesais les pièces pour en trouver une un peu plus légère: il fallait éviter d'arriver à 1 kg pour la surtaxe. Sinon, on a eu livré directement à Yverdon, Lausanne...»

Exportation

Les plumiers de L'Auberson sont également vendus à Neuchâtel, et quelques pièces aux fournitures fribourgeoises, via la Centrale d'achat de l'Etat de Vaud (CADEV). Un service dépendant de Pascal Broulis, citoyen de Sainte-Croix.

«C'est un peu un symbole de l'école d'autrefois, un objet sentimental, estime Yves Croisier, chef du secteur des achats scolaires. Et puis c'est toujours pratique sur le pupitre. Il a été un temps envisagé de le supprimer. Mais on a renoncé. L'impact sur le budget de l'Etat n'est pas significatif: on le vend 4 fr. 50 par pièce aux collèges.» Et s'il devait évoluer? «En plastique? Ça romprait tout le charme, balaye le fonctionnaire. On ne trouve plus beaucoup de choses en bois dans le matériel scolaire. Et d'aussi local. C'est le produit le plus «développement durable» de ce qu'achète la CADEV.»

A L'Auberson, Anthony Joseph passe le couvercle au rainurage, puis taille d'un coup la petite encoche. «On fait un peu ça machinalement. Mais c'est toujours une fierté. On pense aux élèves qui vont le toucher. Après, les gens oublient aussi qu'on fait autre chose, nuance Denis Joseph. On fait de la charpenterie, de la menuiserie, on a travaillé sur la nouvelle école de Sainte-Croix et sur l'hôpital. Les boîtes, c'est un minuscule pourcentage de notre chiffre. Mais il faudrait que ça dure. Aujourd'hui, les gens reviennent au savoir-faire local, au durable. Et ces boîtes sont increvables.» Les menuisiers la déclinent d'ailleurs en cadeau de mariage, d'entreprise, et en version grands écoliers, avec une bouteille magnum d'humagne. Ce doit être ça, le goût de la nostalgie.

(source 24 heures)

(25.08.2017)
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